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Accueil du site > Actualités > Société > Lycée Toulouse-Lautrec : l’inclusivité, ça vous parle (...)

Lycée Toulouse-Lautrec : l’inclusivité, ça vous parle ?

« Je m'estime extrêmement chanceuse d'avoir vécu cette expérience et j'avais très envie de la partager. J'avais cette envie, peut-être utopique, de faire changer le regard sur le handicap. Tout ce qu'on ne connaît pas effraie. » (Fanny Riedberger, le 22 décembre 2022 sur RTBF).

Je suis tombé par hasard, le lundi 16 janvier 2023, sur le quatrième épisode d'une nouvelle série télévisée intitulée "Lycée Toulouse-Lautrec". Il s'agit d'histoires d'adolescents en milieu scolaire (le lycée). Tout aurait pu faire de cette fiction de la moraline à bon compte : on parle de la vie difficile des adolescents, de leur transformation en adultes, des débuts dans la vie amoureuse, du handicap et beaucoup d'autres sujets de société très à la mode, comme le harcèlement en milieu scolaire et aussi l'homosexualité. Plus globalement, cela parle d'inclusivité.

La RTBF, qui a diffusé cette série pour la Belgique, a présenté cette fiction le 22 décembre 2022 ainsi : « Une série surprenante et touchante, inspirée d'une histoire vraie. (…) Ce qui surprend (…), c'est son ton léger et… drôle. Les élèves se moquent l'un l'autre de leurs handicaps respectifs, les blagues fusent et les dialogues ne manquent pas d'ironie. Un parti-pris présent dès l'écriture du scénario. » (Noémie Jadoulle). Explication de l'inspiratrice, coréalisatrice et coscénariste : « L’humour c’est leur survie et leur philosophie de vie. Ils se chambrent en permanence, donc c’était important que la série soit fidèle à ce que j’ai vécu. ».

Si on résume le scénario très rapidement, c'est l'histoire d'une adolescente qui a dû quitter son lycée pour un autre à cause du divorce de ses parents. Comme son frère est en situation de handicap, elle se retrouve dans un lycée qui prend en charge de nombreux lycéens en situation de handicap. Mais il est aussi ouvert à des lycéens valides qui deviennent des référents d'un élève en situation de handicap. Victoire n'a aucune envie de s'intégrer dans ce nouveau lycée (parce qu'elle a dû quitter son ancien monde de force) mais l'extraordinaire se produit : dans ce lycée qui accueille beaucoup de lycéens en situation de handicap, c'est elle, la lycéenne valide, qui est l'anormale !

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Victoire, qui arrive dans ce nouveau lycée, est chargée d'accompagner Marie-Antoinette, une adolescente qui est en fauteuil roulant. Cette dernière cherche à créer des liens affectifs avec un garçon par l'intermédiaire d'un site Internet mais aussi d'une (autre) copine qui assure les contacts directs avec le garçon pour ne pas montrer son handicap. Par ailleurs, Victoire était victime de harcèlement de la part de ses camarades du précédent lycée et ceux-ci continuent à la harceler dans les réseaux sociaux.

Écrit comme cela, on imagine les ficelles pour émouvoir le téléspectateur, puisque c'est le principe même des séries qui se veulent des chroniques sociales sous forme de comédies, parler de sujets sociétaux avec une finalité moralisatrice. Comme souvent dans ce genre de fiction.

Et pourtant, ce n'est pas du tout ce que j'ai ressenti en regardant cet épisode. En tout, il y a six épisodes pour cette série dont la diffusion a commencé le lundi 9 janvier 2023 avec deux numéros chaque fois, continué le lundi 16 janvier 2023 et se termine ce lundi 23 janvier 2023 sur TF1 en première partie de soirée. Car avant toute chose, ce qui crie à l'écran, c'est la fraîcheur, c'est l'authenticité des vies. Le téléspectateur est happé par la vie réelle, par les enjeux, par la complexité des choses. Ce qui pourrait troubler (le handicap, l'anormalité) n'est plus qu'un décor donné pour des situations personnelles difficiles comme le sont celles de tous les ados. Le handicap n'est pas tout. La vie passe avant.

Cette illumination de la vie est logique quand on connaît un peu les conditions de réalisation de cette série télévisée. Elle a été réalisée par Fanny Riedberger, Nicolas Cuche et Stéphanie Murat sur une idée de Fanny Riedberger et Justine Planchon. C'est une production franco-belge (les téléspectateurs belges l'ont découverte un peu plus tôt sur la RTBF).

Deux éléments fondateurs expliquent cette authenticité criante. D'une part, la créatrice Fanny Riedberger s'est basée sur sa propre expérience. En clair, l'histoire de Victoire est son histoire : « Cette jeune fille totalement réfractaire à étudier là-bas et dépasser ses propres a priori, c'est moi. J'ai étudié trois ans au lycée Toulouse-Lautrec. ». Inutile de dire qu'il n'y a donc pas de filtre d'interprétation puisqu'elle est aux commandes. Elle a su donner le ton qui convenait.

D'autre part, le choix des acteurs, surtout parmi les adolescents : quasiment tous des amateurs, leur premier rôle la plupart des cas, et surtout, les adolescents qui jouent des adolescents en situation de handicap sont réellement en situation de handicap, cela aide pour l'authenticité. En d'autres termes, les problèmes rencontrés lors du tournage sont du même ordre que ceux filmés.

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Certes, il y a des comédiens déjà connus, les deux principaux sont Stéphane De Groodt qui joue le proviseur du lycée et Valérie Karsenti son adjointe (cette comédienne joue aussi dans la série très populaire "Scènes de ménages", la femme du maire). Il y a aussi Charlie Bruneau (qui joue dans "En Famille" le rôle de Roxanne), une maman d'élève (celle de Charlie), Bruno Salomone (le médecin), Rayane Bensetti (un surveillant), Aure Atika (la mère de Victoire), Joséphine Draï (la psychologue), etc. À propos de la série, Stéphane De Groodt est enthousiaste : « Ça désacralise le handicap au profit de l’humanité, de ce qu’ils sont véritablement. Le handicap, c’est la forme, mais à un moment donné, on ne le voit plus et on ne voit plus qu'eux. » (RTBF).

En particulier, les rôles des deux principales adolescentes sont tenus par des comédiennes sensationnelles : elles crèvent l'écran, en particulier Ness Merad, dans le rôle de Marie-Antoinette. On ne voit plus le fauteuil roulant avec elle, mais sa personnalité, son intelligence, son esprit de conquête et même sa beauté malgré ce petit corps si replié. Dans la "vraie vie", Ness Merad est tétraplégique à cause d'une dystrophie musculaire congénitale. Elle est étudiante en BTS Communication et influenceuse sur Instagram et TikTok. Elle a confié après le tournage : « Je ne retiens que du bon de cette expérience, même si c’était très dur, car mon personnage et les scènes qu’on a filmées sont très proches de ma réalité. Mais ça valait le coup. ». Elle avait pourtant beaucoup hésité à passer le casting.

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Quant à l'héroïne, Victoire, c'est Chine Thybaud qui l'interprète avec beaucoup de fraîcheur et de réalisme. Elle avait passé le casting pour un autre personnage et on lui a proposé le rôle de Victoire alors qu'elle ne savait pas que c'était le principal rôle. Ancienne étudiante en sciences politiques à Dauphine et actuellement en master à l'École normale supérieure en partenariat avec l'INA, Chine Thybaud, démarre une carrière de comédienne avec deux rôles avant celui-ci (dans le film "Tout nous sourit" et dans la série Netflix "Endless night"). Elle connaissait bien le sujet car le frère de sa belle-mère est en situation de handicap moteur : « Donc cette espèce de mini-malaise que tous les êtres humains ont quand ils rencontrent de la différence pour la première fois, je ne l'ai pas eu. » a-t-elle confié à RTBF. Son problème d'actrice a été au contraire de faire semblant qu'elle avait ce malaise face à ces situations de handicap au début de la série, plutôt que de ne pas avoir ce malaise.

D'autres adolescents aussi crient d'authenticité, comme Max Baissette de Malglaive (rescapé d'une leucémie, il a déjà tourné dans vingt-deux autres films ou téléfilms depuis 2008) qui joue Corto, un garçon qui a une spécificité, il est homosexuel, et lorsqu'il fait son coming out, les autres camarades s'en désintéressent, personne ne le trouve anormal pour cela. Ou encore Juliette Halloy, qui fait Charlie, la fille qui a une tumeur au cerveau. Ou encore Nolann Duriez qui joue Hugo, une scène étonnante à la piscine où il regrette à voix haute que ce qui l'ennuie le plus avec son handicap, c'est qu'il ne connaîtra jamais l'orgasme. Plus généralement, tous les adolescents sont éclatants de vérité. C'est presque un film documentaire sur la vie dans ce lycée, sauf qu'il n'y a pas les biais habituels pour ce genre de documentaire.

Le lycée Toulouse-Lautrec existe réellement à Vaucresson et c'est un lieu unique en France qui permet de scolariser des adolescents en situation de handicap pendant plusieurs années, tous suivis médicalement. Dans le dossier de presse de la série télévisée, l'actrice principale a indiqué : « Pendant tout le tournage, le lycée était en fonctionnement. La quasi-totalité des figurants sont des élèves ou d’anciens élèves. Certains personnels soignants ont également participé à la série. (…) Cette immersion dans le réel se ressent dans la série. L'établissement Toulouse-Lautrec est unique en France et montré comme il est au quotidien. ».

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Pour Allociné, Jérémie Dunand a interrogé Chine Thybayd le 15 janvier 2023. En voici quelques fragments.

De nouveaux amis : « Cet effet de bande s’est vraiment retrouvé sur le tournage. J’avais soif de cette aventure en fait et cela m’a permis de découvrir des expériences de vie que je ne connaissais pas. Donc c’est avant tout l’expérience humaine et cette cohésion de groupe qui m’ont plu. J’avais envie de faire partie de cette petite colo. ».

L'histoire elle-même : « C’est une fiction mais on est uniquement dans le vrai. Fanny parle de ce qu’elle a ressenti. Donc avoir son point de vue et ses conseils, c’était précieux. ».

Dédramatiser le handicap pour mieux l'aborder dans la société : « Ces ados vivent leur handicap et leur vie avec humour. Ça se vanne entre les cours, la différence n’est pas un tabou. Donc oui, je suis ravie qu’il y ait autant d’humour dans la série, et tant mieux si ça peut changer le regard qu’on porte sur les personnes en situation de handicap. Il n’y a pas assez de représentation à la télévision. Et ce manque de considération est également valable dans l’espace public. Dans le rue il n’y a que des marches partout, dans mon lycée public il n’y avait pas d’ascenseur. Il y a encore tellement à faire en termes d’accessibilité. ».

Au Festival de la fiction TV de La Rochelle, le jury présidé par Sandrine Bonnaire a décerné le 18 septembre 2022 le prix de la meilleure mini-série de 52 ou 90 minutes à cette série télévisée ; cela paraît amplement mérité. Le premier jour de sa diffusion sur TF1 (9 janvier 2023), la série s'est placée au premier rang en part de marché (18,7%) avec 3,7 millions de téléspectateurs. Le deuxième jour (16 janvier 2023), au deuxième rang en part de marché (16,1%) avec 3,1 millions de téléspectateurs. Les deux derniers épisodes de la première saison sont diffusés le 23 janvier 2023. Vu le succès de la série, une seconde saison sera très probablement en préparation.

Au fait, c'est quoi l'inclusivité ? Le site cuissoh.com a proposé le 9 mars 2022 une définition intéressante : « L’inclusivité, c’est le fait d’accepter, de favoriser et de défendre les personnes qui ne rentrent pas dans les cases. ». C'est le même esprit que le pape François qui fait la guerre aux étiquettes. Ne pas faire de la situation de handicap d'une personne son unique identité en fait partie. Ne pas réduire une personne à son handicap ; elle est d'abord une personne. En revanche, il ne faut pas aller trop loin (comme le fait le site cité) en promouvant inutilement l'écriture inclusive qui n'inclut aucune catégorie de personnes, mais exclut des gens comme moi qui n'ont pas le cerveau adapté pour lire ce genre d'illisibilités.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH).
Le handicap ? Parlons-en !
Les enfants en situation de handicap entrent en campagne.
L'Affaire d'Outreau (documentaire télévisé).
Lycée Toulouse-Lautrec (série télévisée).
À votre écoute, coûte que coûte !
C'est pas sérieux.
Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
Ci-gît la redevance à la papa.
La BBC fête son centenaire.
Franck Riester : France Médias ne sera absolument pas l’ORTF.
Publiphobie hésitante chez les députés (17 décembre 2008).
Pub à la télé : la révolution silencieuse (2 septembre 2008).
L’inexactitude de Nicolas Sarkozy sur l’audiovisuel public.
Les Shadoks.
Casimir et l'île aux enfants.
Ne nous enlevez pas les Miss France !
Combien valez-vous ?
Loft Story.
Abus d'autorité (1).
Abus d'autorité (2).
Maître Capello.

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10 réactions à cet article    


  • paparazzo paparazzo 23 janvier 08:40

    Je n’ai pas regardé « Touluse-Lautrec », mais je suis sûr que c’est Toulouse qui a gagné !


    • charlyposte charlyposte 23 janvier 13:14

      @paparazzo
      La Goulue me souffle à l’oreille et moi et moi et moi ! smiley


    • Gégène Gégène 23 janvier 08:49

      Y’a au moins des mélanodermes et des queers ?

      sinon c’est pas « tout inclus » . . .


      • Glosspan Glosspan 23 janvier 08:50

        Exclusif : Toulouse Lautrec était tellement accro aux maisons de tolérance de Pigalle que les habitués l’avaient surnommé Toulouse Latrique. smiley


        • paparazzo paparazzo 23 janvier 09:31

          @Glosspan

          Il avait perdu l’usage des deux jambes latérale estropiées, mais pas celui de la troisième, celle du milieu, qui avait besoin d’exercices !


        • charlyposte charlyposte 23 janvier 12:55

          @Glosspan
          Bien vu smiley


        • charlyposte charlyposte 23 janvier 12:59

          @paparazzo
          Je doute qu’avec un alcoolo en puissance il existe une troisième jambe, hormis un gode ou une canette de coca dans le slip smiley


        • ZenZoe ZenZoe 23 janvier 10:55

          Je me demande bien ce qu’on veut nous faire avaler avec ce type de série, en tout cas il ne faut pas être dupe. C’est à l’Etat et à l’Etat seul de faire en sorte que les handicapés puissent avoir une vie la plus normale possible, avec l’ouverture d’établissements spécialisés, la formation de personnels, et l’aide aux familles. Pleurer sur une série télé ne fera jamais avancer le schmilblick et les familles devront toujours aller en Belgique pour trouver ce qui manque chez nous. Une honte !


          • zygzornifle zygzornifle 23 janvier 13:48

            L’ENA une école pas comme les autres ou on forme les plus gros couillons nul a chier détruisant l’économie et le tissus social en faisant l’épouvantail devant les caméras des merdias avec une foule de journalopes lécheurs de fions roucoulant comme des pigeons cherchant a s’accoupler..... 


            • Ruut Ruut 24 janvier 16:41

              Parler d’inclusivité dans un pays qui pratique l’exclusion pour refus de servir de cobaye…

              Abject.

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