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Accueil du site > Culture & Loisirs > Neo Rauch, un peintre en état de veille
#92 des Tendances

Neo Rauch, un peintre en état de veille

Le MO.CO (Montpellier) reçoit Neo Rauch, un pilier de la peinture post expressionniste allemande. Un artiste qui nous plonge dans l’aventure onirique de ses rêves éveillés.

Neo Rauch dans son atelier ©Uwe Walter, 2019 {JPEG}

 

Avant d’aborder l’exposition, force est de constater que le MO.CO sous l’impulsion de Numa Hambursin ne prend pas la peinture à la légère, que ce soit à travers Immortelle, large spectre de la jeune peinture figurative française ou plus récemment Neo Rauch, figure majeure de la Nouvelle école de Leipzig, célèbre pour ses sujets énigmatiques desquels se dégagent un parfum de mystère et de mysticisme. Le musée a réussi à réunir une centaine de ses œuvres dont plus de quarante toiles, souvent de formats impressionnants, pour la plupart empruntées à de nombreux collectionneurs et musées étrangers et qui n’ont jamais été exposées en France.

 

Le réalisme socialisme n’existait plus...

Neo Rauch vit la peinture entre ciel et terre, un œil dans les nuages et l’autre rivé au sol. Un état d’apesanteur qui colle à merveille au sous-titre de l’exposition Le Songe de la Raison, bien qu’il dit « ne pas chercher à peindre le songe. Je cherche seulement à en comprendre le mécanisme ». Cet enfant de Leipzg a suivi une formation très académique sous l’impulsion des professeurs Arno Rink (1940-2017) et Bernhard Heisig (1925-2011) tous deux ayant vécu la grande vague du réalisme socialiste en peinture, un art de propagande glorifiant la révolution et l'émancipation du prolétariat. « Max Beckmann, Otto Dix, Oscar Kokoschka étaient nos saints patrons de Leipzig. Le réalisme soviétique n’existait plus vraiment quand je suis arrivé ». Dans les années 1960/1980, la République Démocratique Allemande (RDA) sous la « bienveillante » Stasi s’industrialise malgré l’attachement du peuple à la ruralité. Le jeune artiste un brin insolent doit user de mille stratagèmes pour contourner la nomenklatura du diktat soviétique. Et quoi de mieux que l’allégorie ou l’apport de la rêverie poétique pour échapper à l’emprise des scènes illustratives et propagandistes chères au Soviet suprême ! Période de macération et de révolution intérieure qui finira par prendre son essor dès la Chute du Mur de Berlin en novembre 1989.

Neo Rauch, Turme, 2011, HST, 250 x 200 cm {JPEG}

 

KO ou galvaniser

La peinture de Neo Rauch est imposante, expressive, ne serait-ce que par la puissance graphique et gestuelle de ses compositions mais aussi par la démesure onirique de ses sujets. Il la nourrit de références à la Renaissance italienne et flamande, au romantisme allemand, à un dialogue avec les maîtres du passé, à certaines influences comme Francis Bacon et Garouste (ce qui paraît plus probable) et inévitablement à une déstructuration grinçante du réalisme socialisme. La charge des symboles est parfois lourde et complexe. L’abondance des allégories peut pousser au rejet. Sentiment vite écarté une fois au cœur de cette rétrospective faisant aussi la part belle à son talent de dessinateur. L’impact émotionnel au premier regard d’un tableau de Neo Rauch commence par un uppercut visuel. On peut en ressortir KO ou galvaniser qu’une telle aventure picturale vous ait pris au collet sans crier gare. Les perspectives chancelantes, les architectures aléatoires, les échelles contrariées, les fragments d’abstraction mêlés à un champ de couleurs exacerbées sorti d’un songe, le sien bien entendu, participent à sa déconstruction du réel loin de vouloir retranscrire une copie conforme de ses visions nées de ses rêves.

Neo Rauch, The Transition, 2018, HST {JPEG}

 

Je n’agis pas comme un somnambule...

D’apparence narratives, ses compositions n’illustrent en rien un quelconque dérèglement des sens. Elles nous invitent à découvrir le lien, plus étroit que l’on ne pense, entre le songe, le rêve et la raison. Cette dernière ne peut se passer, en effet, de chimères et d’onirisme, éléments perturbateurs mais inhérents à son rôle d’agent cartésien dans l’élaboration de notre mental. Existe t-il une grande différence entre le songe et le rêve ? Pas vraiment, juste deux synonymes employés dans le langage courant. La nuance voudrait que le songe soit vu comme un signe divin et le rêve comme une révélation si l’on s’en tient à la version biblique et littérale. La démarche artistique de Rauch est plutôt axée sur un état de veille permanent expurgé de toute somnolence. Il assume être principalement inspirer de ses rêves sans pour autant en être prisonnier. Conscience et subconscient se répartissent la tâche de disséminer dans chacun de ses tableaux des clés de lecture permettant de décrypter le sens des symboles ou des créatures mi-humaines mi-animales récurrentes inscrites à son registre depuis 2010. « Je ne peux pas me permettre d’agir seulement comme un somnambule. Le côté rationnel s’impose lorsqu’il s’agit d’installer une histoire. Les éléments qui la compose, n’arrivent pas par hasard. Je ne cherche pas absolument à être un conteur d’histoires. » Au-delà de la dimension mystique et mystérieuse que procure chacune de ses toiles, il y a ce sens de la mise en scène et du fantastique. Il y a ce pouvoir de la couleur qu’il orchestre avec une science du dégradé et des ocres. A travers le MO.CO, Neo Rauch nous offre en réalité une merveilleuse vitrine de ce que la peinture peut encore révéler comme secrets inavouables.

 

Harry Kampianne

Neo Rauch, Die Erste, 2015, 270 x 200 cm, HST {JPEG}

 

Neo Rauch, le songe de la Raison

MO.CO

13 rue de la République

34000 Montpellier

Tél. 04 99 58 28 00

www.moco.art/fr

Jusqu’au 15 octobre

 


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