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Accueil du site > Actualités > Politique > Avec Marylise Léon à la tête de la CFDT, une page se tourne (...)

Avec Marylise Léon à la tête de la CFDT, une page se tourne définitivement...

« On portera des choses en commun, mais pour la CFDT, [l'intersyndicale] ne sera pas l'alpha et l'oméga de la question syndicale (…). Un syndicat qui négocie des accords n'est pas moins combatif que celui qui crie en manifestation ! » (Marylise Léon, le 13 juin 2023).

Avec le départ de Laurent Berger, ce mercredi 21 juin 2023 au Zénith de Paris, et l'arrivée de sa successeure Marylise Léon comme secrétaire générale de la CFDT, bien qu'elle s'en défende, la page de la réforme des retraites se tourne définitivement : tous les protagonistes ont changé, les chefs des deux plus puissants syndicats de France, et bientôt, le président du Medef également. Le soir du 6 juin 2023, à la quatorzième et dernière manifestation contre la réforme des retraites, Laurent Berger s'était exprimé seul et souhaitait, lui aussi, que la page se tournât.

Si avec Laurent Berger, la CFDT a quitté la position de syndicat réformiste en abandonnant les relations particulières avec le gouvernement comme dans la grande tradition de la centrale, notamment en raison de la réforme des retraites, elle a surtout gagné sa première place historique en 2018 en devançant la CGT dans les élections représentatives (représentatives de pas grand-chose vu la très faible participation des salariés). Et depuis le début de l'année, avec la forte mobilisation contre la réforme des retraites, la CFDT a enregistré 43 000 nouvelles adhésions.

Avec Sophie Binet installée à la tête de la CGT le 31 mars 2023, le gouvernement aura donc pour partenaires sociaux deux femmes pour les deux premiers syndicats de France. En revanche, au contraire de la CGT, ce n'est pas une première pour la CFDT d'être dirigée par une femme puisque, avant Marylise Léon, Nicole Notat avait été secrétaire générale du 20 octobre 1992 au 30 mai 2002. Mais à la différence de Nicole Notat que beaucoup jugeaient froide et distante, Marylise Léon est qualifiée de "pétillante" par l'ancien secrétaire national Jean-Louis Malys. Proche des gens.

Qui est Marylise Léon ? Elle a 46 ans, a fait ses études de chimie au Mans, à Angers puis à Créteil et Paris, diplômée de troisième cycle. Elle s'est spécialisée, au cours de sa vie professionnelle, dans les questions de sécurité, de conditions de travail, de santé, de risques technologiques et d'environnement pour les entreprises, puis elle est devenue en 2003 formatrice sur ces questions auprès de représentants du personnel et militants de la CFDT. À la même époque, elle accompagnait aussi les adhérents de la CFDT dans la bataille judiciaire consécutive à l'accident de l'usine AZF de Toulouse en 2001. Beaucoup d'employés blessés étaient syndiqués à la CFDT. Ses obsessions étaient alors la sécurité et la prévention des maladies professionnelles.

Marylise Léon a commencé à prendre des responsabilités au sein de la CFDT en 2008, où elle a gravi tous les échelons, à la fédération chimie énergie de la CFDT puis au sein des instances nationales de la CFDT, attachée aux affaires industrielles et aussi la transitions énergétique et numérique. Régulièrement la mieux élue des congrès depuis 2014, comme secrétaire nationale, elle a été désignée par Laurent Berger, qui l'avait repérée en 2013, comme secrétaire générale adjointe en juin 2018, chargée de la réforme de l'assurance-chômage et des relations intersyndicales.

Elle se trouvait donc en position de numéro deux de la confédération le 19 avril 2023, au moment où Laurent Berger avait annoncé au journal "Le Monde" son prochain retrait. Elle faisait donc figure d'héritière et a été désignée le 21 juin 2023 à une large majorité du bureau national de la CFDT (au contraire de la nouvelle secrétaire générale de la CGT Sophie Binet dont l'élection avait été une surprise à la suite d'un grand clivage entre deux autres candidates) : « Elle est dynamique, elle a une compréhension du monde du travail qui est forte (…). Elle est appréciée au sein de la maison, elle est proche des gens, humaine. » a énuméré Laurent Berger.

En fait, d'après le "Journal du dimanche" du 13 juin 2023, Laurent Berger et Marylise Léon s'étaient mis d'accord sur la succession dès l'automne 2021. Ainsi, Marylise Léon a toujours été présente aux côtés de Laurent Berger cette dernière année pour la bataille des retraites : « Je me prépare depuis longtemps. Je suis prête et enthousiaste. ».

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Forte personnalité (« J'ai horreur qu'on me prenne pour une imbécile, et je n'ai pas l'intention de raconter des bobards ! »), d'apparence très sympathique mais sans jamais rien lâcher, Marylise Léon imprimera certainement la CFDT de sa marque et a déjà eu l'occasion de montrer sa combativité et surtout, sa ténacité dans ses engagements (notamment en s'opposant en 2019 à la réforme de l'assurance-chômage). Avec l'arrivée de Sophie Binet à la tête de la CGT qui a montré une image renouvelée et moderne du syndicalisme, la CFDT devait aller vite dans la succession de Laurent Berger.

Son credo est de négocier coûte que coûte des accords avec le Medef pour éviter de laisser le champ libre au gouvernement (et au Parlement). Elle n'hésite pas à songer aux deux échecs de négociations, en 2014 sur la modernisation du dialogue social et en 2018 sur l'assurance-chômage : « Quand il n'y a pas d'accord, les salariés le paient cher. Car le gouvernement reprend la main. ».

Dans une interview accordée dès le 21 juin 2023 à "Ouest France", Marylise Léon a cité ses sujets de préoccupation : le pouvoir d'achat et la hausse des salaires, la nouvelle organisation du travail (en prenant en compte la santé et la démocratie) et la réforme du RSA. À propos de cette dernière, elle a insisté : « Mettre des conditions, ce serait tordre l’objectif de solidarité nationale, cela reviendrait à le confondre avec un dispositif assurantiel, comme l’est l’assurance-chômage. Nous resterons vigilants, d’autant plus que le texte va être débattu au Parlement, où il y a une grande diversité de points de vue. Nous nous efforcerons de peser auprès des groupes parlementaires pour pointer les dangers et expliquer notre position. Et nous continuerons lors de la préparation des décrets, tout au long du cheminement de ce dispositif. ».

Connue pour son "flegme", elle l'explique par son habitude de travailler constamment en mode gestion de crise : « J'ai donc été formatée pour aller toujours à l'essentiel et rester zen en toutes circonstances. Ce sera très utile dans mon mandat de secrétaire générale. ». Elle entend par ailleurs que la CFDT se tourne plus vers les saisonniers, les agents des fonctions publiques et les indépendants : « L’heure n’est plus à attendre que l’on vienne nous voir dans nos permanences. C’est la CFDT hors les murs. ».

Dans une tribune publiée le 9 mai 2023, une semaine avant sa rencontre à Matignon avec la Première Ministre Élisabeth Borne, Marylise Léon a formulé l'enjeu de sa relation avec le gouvernement : « La CFDT le dit donc haut et fort : oui, le dialogue doit être renoué avec l’exécutif. La question du "comment" demeure entière. Pour la CFDT, ce dialogue ne peut pas être renoué si le gouvernement garde la même méthode que ces six dernières années, et notamment ces neuf derniers mois ! Quelle place l’exécutif est-il prêt à faire réellement à la démocratie sociale ? La Première Ministre va devoir aujourd’hui répondre à cette interrogation de la CFDT et faire la démonstration qu’elle est réellement à l’écoute des syndicats, qu’elle les respecte et qu’elle prendra en compte leurs propositions. ».

La politique du travail va donc être sous la responsabilité principalement de femmes (Élisabeth Borne, Aurore Bergé, Marylise Léon, Sophie Binet). Les débats n'en seront certainement pas moins durs et âpres qu'avec des hommes. Mais au moins, on pourra penser que le principe de réalité sera plus présent à l'esprit sinon dans les prises de position.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 juin 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marylise Léon.
Laurent Berger.
José Bové.
Sophie Binet.
Philippe Martinez.
Henri Krasucki.
Edmond Maire.
François Chérèque.
Georges Séguy.
Marc Blondel.
André Bergeron.

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11 réactions à cet article    


  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 24 juin 2023 09:52

    Et ouais, fini la moustache ...enfin visible tout du moins ^^


    • zygzornifle zygzornifle 24 juin 2023 10:03

      Léon revient j’ai les mêmes a la maison (ancienne pub)


      • troletbuse troletbuse 24 juin 2023 10:35

        Une page se retourne de 360°  smiley

        Un sujet désopilant que Rototo pourrait nous expliquer : Ils osent tout

        Et les mougeons vont y croire. Le pompage de l’eau fait basculer l’axe de la Terre  smiley

        https://crowdbunker.com/v/2dSoSRk4UD


        • mmbbb 24 juin 2023 11:06

          Rako, taux de syndiqués en France ! 

          Pas bézef , Avec tout ce charivari, on aurait tendance à croire que les syndicats ont un immense pouvoir , il y a une désaffection .

          paradoxe francais , trop peu de syndiques , trop de de syndicats .


          • Lynwec 24 juin 2023 11:32

            @mmbbb

            Les syndicats ont démontré qu’ils étaient des outils-relais du patronat et essentiellement le moyen de se gaver pour certains . Ils ont l’absence de succès qu’ils méritent et une fois la confiance perdue, elle ne revient jamais...


          • mmbbb 24 juin 2023 12:01

            @Lynwec j avais regarde une statistique de l OCDE , le taux de syndique en france ne dépasse pas les 8 ¨% nous sommes en bas du classement des pays de l OCDE 

            Il y a un probleme réel , Binet , à l entendre representerait plusieurs divisions .

            La confiance évidemment est émoussée 

            C est un des maux francais , une france sur administrée mais sous représentée dans les effectifs .

            A l image de Macron, un Bonaparte sans armée !


          • Octave Lebel Octave Lebel 24 juin 2023 11:42

            Heureusement qu’il y a des gens sérieux dans le pays pour remettre à leur place les syndicats smiley

            « Les syndicats défendent leurs intérêts, pas ceux des français ». « Oui j’appelle les éboueurs à reprendre le travail » (MLP sur BFMTV, 16/03/23).

            « Le blocage c’est la double peine pour les Français : les files d’attentes interminables pour mettre de l’essence, donc je ne suis pas favorable au blocage ». « Oui j’appelle les éboueurs à reprendre le travail (BFM 16/03) »

             


            • Octave Lebel Octave Lebel 24 juin 2023 11:47

              @Octave Lebel

              Soyons juste, partageons les mérites. L’un est plutôt du matin, l’autre du soir.

              « Le blocage c’est la double peine pour les Français : les files d’attentes interminables pour mettre de l’essence, donc je ne suis pas favorable au blocage ». « Oui j’appelle les éboueurs à reprendre le travail (Bardella BFM 16/03) »


            • mmbbb 24 juin 2023 11:56

              @Octave Lebel  " « Les syndicats défendent leurs intérêts, pas ceux des français ».

              Dans la fonction publique, c est le cas , un double langage et une forme de « franc maconneire » interne .

              Je connais des fonctionnaires qui me dévoilerent la mécanique interne .

              Blondel, pire qu un patron 

              Le Paon aussi bien qu un patron depenses somptuaires 

              Quant a S Paty il aurait dû être défendu ardemment pas les syndicats de l EN 

              Il n en fut rien

              Lemaire Didier , enseignant à Trappes , il dut quitter son poste 

              Certains a gauche affirmaient qu ils etaient un mythomane 

              plus con que Lebel tu meurs 


            • Octave Lebel Octave Lebel 24 juin 2023 15:49

              @mmbbb

              Un monde magique.

              Heureusement aujourd’hui nous avons un témoin d’honneur.

              Cela change tout.

              Nous pouvons oublier tout ce que avons vu, entendu, vécu smiley


            • Brutus Grincheux 24 juin 2023 12:05

              Rakoto écrit :


              "La politique du travail va donc être sous la responsabilité principalement de femmes (Élisabeth Borne, Aurore Bergé, Marylise Léon, Sophie Binet). "


              Manquerait plus que le grand Manitou soit de la jaquette ! Ça serait complet.


              Pour Nicole Notat, dommage que l’article ne mentionne pas sa reconversion :

              • création de Vigeo, société européenne d’évaluation des performances sociales et environnementales des entreprises RSE, soutenue par de nombreux chefs d’entreprises. Le Canard enchaîné a d’ailleurs repris le témoignage d’un chef d’entreprise, « Vigeo, c’est pas compliqué, il suffit de payer : tu files 200 000 ou 300 000 balles, on certifie que ta boîte est écolo et sociale, et te voilà peinard »

              • en 2005, elle a appelé à voter «  oui » au référendum sur la Constitution européenne.

              • elle est membre du conseil d’administration d club Le Siècle dont elle a assuré la présidence du 1er janvier 2011 au 31 décembre 20139

              • elle a soutenu Macron dès le premier tour en 2017, et début avril 2022, à quelques semaines de l’élection présidentielle, elle a appelé à voter pour le même qui ne pouvait pourtant plus faire illusion en vantant « sa stature d’homme d’État » et « son engagement européen »


              Il sera difficile pour sa successeure, comme vous dites, de faire pire, mais ça ne fait rien, la nef ne coule pas. La fête continue.

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